PARTICIPATION CITOYENNE À MADAGASCAR :DIX ANS APRÈS LEUR CRÉATION, LES STRUCTURES LOCALES DE CONCERTATION RESTENT AU STADE DE LA CONSULTATION

L’ONG Tolotsoa, avec l’appui du programme Fanainga+ a présenté les conclusions d’une étude conduite dans le cadre du projet Lala Mahitsy sur le fonctionnement réel des Structures Locales de Concertation (SLC) à Madagascar. Instituées par le décret n°2015-957 pour ouvrir la gouvernance communale aux citoyens, ces structures existent depuis dix ans sans que leur mise en œuvre garantisse une participation réellement influente. C’est ce décalage entre l’institutionnalisation formelle de la concertation et son effectivité sur le terrain que l’étude s’est attachée à documenter, à travers une enquête qualitative et exploratoire menée dans 6 régions Analamanga, Boeny, Haute Matsiatra, Vakinankaratra, Analanjirofo et Atsimo Andrefana et 18 communes, urbaines et rurales, sur la base d’entretiens individuels et de focus groups auprès de citoyens, de chefs fokontany, d’élus et d’administrateurs locaux.

L’analyse mobilise l’échelle de participation d’Arnstein (1969), qui permet de mesurer non pas si les citoyens sont présents dans les espaces de concertation, mais s’ils disposent d’un pouvoir réel d’influencer les décisions qui les concernent.

Les résultats établissent que la participation citoyenne à Madagascar se situe très majoritairement aux trois premiers échelons de cette échelle: information, consultation, concertation sans franchir durablement le seuil du partenariat réel entre citoyens et autorités. Certaines communes, comme Alarobia-Manjakandriana ou Ampasina-Maningory, montrent des pratiques prometteuses de co-construction budgétaire, où les besoins remontés par les collèges de la SLC influencent les priorités communales. Mais ces avancées restent ponctuelles et fragiles : elles dépendent de la volonté personnelle du maire, de la régularité de fonctionnement de la SLC et, souvent, de l’appui de partenaires techniques et financiers extérieurs une dépendance que le rapport qualifie d’« exogénéisation du développement », susceptible de réduire l’appropriation locale des dynamiques participatives.

Le diagnostic met en évidence plusieurs verrous structurels. D’abord, un flou institutionnel entre le rôle consultatif de la SLC et le pouvoir délibératif du conseil communal, source récurrente de confusion et de tensions. Ensuite, une centralisation encore forte qui limite la capacité des collectivités à répondre concrètement aux priorités exprimées par la population, quand bien même celles-ci sont recueillies. L’étude documente aussi un déficit marqué de transparence et de redevabilité : les citoyens sont rarement informés du sort réservé à leurs propositions, ce qui nourrit un mécanisme de défiance analysé à travers le modèle « Exit, Voice, Loyalty » d’Hirschman désengagement silencieux ou contestation, faute de retour institutionnel. Enfin, l’inclusion des femmes, des jeunes, des personnes âgées et des personnes en situation de handicap demeure largement symbolique : leur présence formelle dans les collèges de la SLC ne se traduit pas systématiquement par une réelle capacité d’influence.

Une mise en perspective avec d’autres expériences africaines le budget participatif de Makueni et de West Pokot au Kenya, la décentralisation ougandaise, les Ward Committees sud-africains permet d’identifier les conditions qui font basculer une structure participative de la simple consultation vers un véritable partage du pouvoir : une décentralisation effective, un lien institutionnel clair entre parole citoyenne et décision budgétaire, une inclusion activement organisée plutôt que déclarée, et des mécanismes systématiques de restitution. Sur cette base, le rapport formule des recommandations articulées autour de six axes : clarifier le mandat et la gouvernance des SLC, garantir l’accès à l’information publique, institutionnaliser le feedback et la redevabilité, doter les structures de moyens de fonctionnement adaptés, renforcer les capacités des membres et des élus, et consolider l’inclusion effective de tous les groupes citoyens. L’enjeu, souligne l’étude, n’est pas de créer de nouveaux dispositifs, mais de faire des structures existantes de véritables leviers de gouvernance locale partagée.

Retrouvez l’intégralité du rapport sur : https://tolotsoa.org/download/lala-mahitsy-effectivite-de-la-participation-citoyenne-cas-de-la-structure-locale-de-participation-slc-a-madagascar/